*Espíritus celestiales.

La condenación de Fausto

 

uando Héctor Berlioz leyó el Fausto de Goethe, se inspiró en el drama, y compuso en 1829 "Ocho Escenas de la vida de Fausto", las cuales más adelante utilizaría como base para su obra "La Condenación de Fausto", con Mephistopheles tentando a Fausto para que venda su alma a cambio de renovada juventud, Fausto crece saciado con los placeres proporcionados por Mephistopheles, que incluyen la amistad con borrachos en el sótano de Auerbach, la gloria militar (Berlioz introduce aquí su propia versión de la marcha Rakoczy), la Naturaleza, y el amor por Margarita, amor al que él traiciona. Finalmente Fausto es conducido al infierno, en tanto Margarita se salva.

Esta obra nos presenta, más que una narración continuada sobre el personaje, una serie de escenas sobre la vida del doctor Fausto. El libro de la ópera es del propio compositor y de Almire Gandonnière, y está basado, en la primera parte del drama "Fausto" de Johann Wofgang Goethe.

El estreno en forma de concierto tuvo lugar en la Ópera Cómica de París el 6 de diciembre de 1846, y la primera representación como ópera escenificable, el 18 de febrero de 1893 en la Ópera de Montecarlo.

 

Texto

 

                                           Personajes

 

        FAUSTO                  -Anciano Científico-                            Tenor

        MARGARITA             -Joven Muchacha-                Mezzosoprano

        MEFISTÓFELES               -Diablo-                                  Barítono

        BRANDER                    -Muchacho-                                     Bajo

 

(La acción se desarrolla en Hungría y Alemania a mediados del siglo XIX)

 

TEXTO EN FRANCÉS Y CASTELLANO.

PREMIERE PARTIE

 

Scène Première

 

FAUST

Le vieil hiver a fait place au printemps;

La nature s'est rajeunie;

Des cieux la coupole infinie

Laisse pleuvoir mille feux éclatants.

Je sens glisser dans l'air la brise matinale;

De ma poitrine ardente un souffle pur s'exhale.

J'entends autour de moi le réveil des oiseaux,

Le long bruissement des plantes et des eaux ...

Oh! qu'il est doux de vivre au fond des solitudes,

Loin de la lutte humaine et loin des multitudes!

 

Scène Deuxième

 

Ronde des paysans

 

CHOEUR

Les bergers laissent leurs troupeaux;

Pour la fête ils se rendent beaux;

Fleurs des champs et rubans sont leur parure;

Sous les tilleuls, les voilà tous,

Dansant, sautant comme des fous.

Ha! ha! ha! ha! ha! ha! Landerida!

Suivez donc la mesure!

Ha! ha! ha! ha! ha! ha! Landerida!

 

FAUST

Quels sont ces cris?

Quel est ce bruit lointain?

 

CHOEUR

Tra la la la la la! ha ha!

 

FAUST

Ce sont des villageois, au lever du matin,

Qui dansent en chantant sur la verte pelouse.

De leurs plaisirs ma misère est jalouse.

 

CHOEUR

Ils passent tous comme l'éclair,

Et les robes volaient en l'air;

Mais bientôt on fut moins agile;

Le rouge leur montait au front;

Et l'un sur l'autre dans le rond,

Ha! ha! ha! ha! ha! ha! Landerida!

Tous tombaient à la file.

Ha! ha! ha! ha! ha! ha! Landerida!

Ne me touchez donc pas ainsi!

Paix! ma femme n'est point ici!

Profitons de la circonstance!

Dehors il l'emmena soudain,

Et tout pourtant allait son train,

Ha! ha! ha! ha! ha! ha! Landerida!

Tra la la la la la! ha ha!

 

Scène Troisième

 

(Une autre partie de la place une armée qui s'avance)

 

FAUST

Mais d'un éclat guerrier les campagnes se parent.

Ah! les fils du Danube aux combats se préparent!

Avec quel air fier et joyeux

Ils portent leur armure! et quel feu dans leurs yeux!

Tout cœur frémit à leur chant de victoire;

Le mien seul reste froid, insensible à la gloire.

 

Marche Hongroise

 

(Les troupes passent. Faust s'éloigne)

 

DEUXIEME PARTIE

 

Scène Quatrième

 

(Nord de l'Allemagne. Faust seul dans son

cabinet de travail)

 

FAUST

Sans regrets j'ai quitté les riantes campagnes

Où m'a suivi l'ennui;

Sans plaisirs je revois nos altières montagnes;

Dans ma vielle cité je reviens avec lui.

Oh! je souffre! et la nuit sans étoiles,

Qui vient d'étendre au loin son silence et ses voiles,

Ajoute encore à mes sombres douleurs.

Ô terre! pour moi seul tu n'as donc pas de fleurs!

Par le monde, où trouver ce qui manque à ma vie?

Je cherchais en vain, tout fuit mon âpre envie!

Allons, il faut finir!...

Mais je tremble... Pourquoi

Trembler devant l'abîme entrouvert devant moi?

Ô coupe trop longtemps à mes désirs ravie,

Viens, viens, noble cristal, verse le poison

Qui doit illuminer

Ou tuer ma raison.

 

(Il porte la coupe à ses lèvres. Sons des cloches.

Chants religieux dans l'église voisine. Chant de

la Fête de Pâques)

 

CHOEUR

Christ vient de ressusciter!

 

FAUST

Qu'entends-je?

 

CHOEUR

Quittant du tombeau

Le séjour funeste,

Au parvis céleste

Il monte plus beau.

Vers le gloires immortelles

Tandis qu'il s'élance à grands pas.

Ses disciples fidèles

Languissent ici-bas.

Hélas! c'est ici qu'il nous laisse

Sous les traits brûlants du malheur.

Ô divin maître! ton bonheur

Est cause de notre tristesse.

Ô divin maître! tu nous laisses

Sous les traits brûlants du malheur.

 

FAUST

Ô souvenirs!

Ô mon âme tremblante!

Sur l'aile de ces chants vas-tu voler aux cieux!

La foi chancelante

Revient, me ramenant la paix des jours pieux,

Mon heureuse enfance,

La douceur de prier,

La pure jouissante

D'errer et de rêver

Par les vertes prairies,

Aux clartés infinies

D'un soleil de printemps!

Ô baiser de l'amour céleste

Qui remplissais mon cœur de doux pressentiments

Et chassais tout désir funeste!

 

CHOEUR

Christ vient de ressusciter!...

Mais croyons en sa parole éternelle,

Nous le suivrons un jour

Au céleste séjour

Où sa voix nous appelle.

Hosanna! Hosanna!

 

FAUST

Hélas! doux chants du ciel,

Pourquoi dans sa poussière

Réveiller le maudit!

Hymnes de la prière,

Pourquoi soudain venir ébranler mon dessein?

Vos suaves accords rafraîchissent mon sein.

Chants plus doux que l'aurore

Retentissez encore,

Mes larmes ont coulé, le ciel m'a reconquis.

 

Scène Cinquième

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

(apparaissant brusquement)

Ô pure émotion!

Enfant du saint parvis!

Je t'admire, docteur!

Les pieuses volées

Des ces cloches d'argent

Ont charmé grandement

Tes oreilles troublées!

 

FAUST

Qui donc es-tu, toi dont l'ardent regard

Pénètre ainsi que l'éclat d'un poignard,

Et qui, comme la flamme,

Brûle et dévore l'âme?

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Vraiment pour un docteur, la demande est frivole!

Je suis l'esprit de vie, et c'est moi qui console.

Je te donnerai tout, le bonheur, le plaisir,

Tout ce que peut rêver le plus ardent désir!

 

FAUST

Eh bien! pauvre démon, fais-moi voir tes merveilles.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Certes! j'enchanterai tes yeux et tes oreilles.

Au lieu de t'enfermer, triste comme le ver

Qui ronge tes bouquins,

Viens, suis-moi, change d'air.

 

FAUST

J'y consens.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Partons donc pour connaître la vie.

Et laisse le fatras de la philosophie.

 

(Ils partent.)

 

Scène Sixième

 

(La cave d'Auerbach à Leipzig)

 

BUVEURS

À boire encore!

Du vin

Du Rhin

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Voici, Faust,

Un séjour de la folle compagnie.

Ici vins et chansons réjouissent la vie.

 

BUVEURS

Oh! qu'il fait bon quand le ciel tonne

Rester près d'un bol enflammé,

Et se remplir comme une tonne

Dans un cabaret enfumé!

J'aime le vin et cette eau blonde

Qui fait oublier le chagrin.

Quand ma mère me mit au monde,

J'eus un ivrogne pour parrain.

Oh! qu'il fait bon quand le ciel tonne...

Qui sait quelque plaisante histoire?

En riant le vin est meilleur.

À toi, Brander!

Il n'a plus de mémoire!

 

BRANDER

(ivre)

J'en sais une, et j'en suis l'auteur.

 

BUVEURS

Eh bien donc! vite!

 

BRANDER

Puis qu'on m'invite,

Je vais vous chanter de nouveau.

 

BUVEURS

Bravo! bravo!

 

Chanson de Brander

 

BRANDER

Certain rate, dans une cuisine

Établi, comme un vrai frater,

S'y traiter si bien que sa mine

Eût fait envie au gros Luther.

Mais un beau jour le pauvre diable,

Empoisonné, sauta dehors

Aussi triste, aussi misérable

Que s'il eût eu l'amour au corps.

 

BUVEURS

Que s'il eût eu l'amour au corps.

 

BRANDER

Il courait devant et derrière;

Il grattait, reniflait, mordait,

Parcourait la maison entière;

La rage à ses maux ajoutait,

Au point qu'a l'aspect du délire

Qui consumait ses vains efforts,

Les mauvais plaisants pouvaient dire:

Ce rat a bien l'amour au corps

 

BUVEURS

Ce rat a bien l'amour au corps

 

BRANDER

Dans le fourneau le pauvre sire

Crut pourtant ses cacher très bien;

Mais il se trompait, et le pire,

C'est qu'on l'y fut rôtir enfin.

La servante, méchante fille,

De son malheur rit bien alors!

Ah! disait-elle, comme il grille!

Il a vraiment l'amour au corps.

 

BUVEURS

Il a vraiment l'amour au corps.

Requiescat in pace. Amen.

 

BRANDER

Pour l'Amen une fugue! une fugue, un choral!

Improvisons un morceau magistral!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

(bas à Faust)

Écoute bien ceci! nous allons voir, Docteur,

La bestialité dans toute sa candeur.

 

Fugue sur le thème de la Chanson de Brander

 

BRANDER, BUVEURS

Amen.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Vrai dieu! messieurs, votre fugue est fort belle,

Et telle

Qu'à l'entendre on se croit aux saints lieux.

Souffrez qu'on vous le dise:

Le style en est savant, vraiment religieux;

On ne saurait exprimer mieux

Les sentiments pieux

Qu'en terminant ses prières l'Église

En un seul mot résume.

Maintenant,

Puis-je à mon tour riposter par un chant

Sur un sujet non moins touchant

Que le vôtre?

 

BUVEURS

Ah ça! mais se moque-t-il de nous?

Quel est cet homme?

Oh! qu'il est pâle et comme

Son poil est roux.

N'importe! Volontiers! Autre chanson! À vous!

 

Chanson de Méphistophélès

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Une puce gentille

Chez un prince logeait.

Comme sa propre fille,

Le brave homme l'aimait,

Et, l'histoire assure,

À son tailleur un jour

Lui fit prendre mesure

Pour un habit de cour.

L'insecte, plein de joie

Dès qu'il se vit paré

D'or, de velours, de soie,

Et de crois décoré.

Fit venir de province

Ses frères et ses sœurs

Qui, par ordre du prince,

Devinrent grands seigneurs.

Mais ce qui fut bien pire,

C'est que les gens de cour,

Sans en oser rien dire,

Se grattaient tout le jour.

Cruelle politique!

Ah! plaignons leur destin,

Et, dès qu'une nous pique,

Ecrasons-la soudain!

 

BUVEURS

Bravo! bravo! bravo! ha! ha!

Oui, écrasons-la soudain!

 

FAUST

Assez!

Fuyons ces lieux, où la parole est vile,

La joie ignoble et le geste brutal!

N'as-tu d'autres plaisirs, un séjour plus tranquille

À me donner, toi, mon guide infernal?

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Ah! ceci te déplaît? suis-moi!

 

(Ils partent.)

 

Scène Septième

 

(Bosquets et prairies du bord de l'Elbe)

 

Air de Méphistophélès

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Voici des roses,

De cette nuit écloses.

Sur ce lit embaumé,

Ô mon Faust bien-aimée,

Repose!

Dans un voluptueux sommeil

Où glissera sur toi plus d'un baiser vermeil,

Où des fleurs pour ta couche ouvriront leurs corolles,

Ton oreille entendra de divines paroles.

Écoute! écoute!

Les esprits de la terre et de l'air

Commencent pour ton rêve un suave concert.

 

Chœur de gnomes et de sylphes

 

Songe de Faust

 

GNOMES, SYLPHES

Dors, dors, heureux Faust;

Bientôt, oui, bientôt, sous un voile

D'or et d'azur, heureux Faust,

Test yeux vont se fermer,

Au front des cieux va briller ton étoile,

Songes d'amour vont enfin te charmer.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Heureux Faust,

Bientôt, sous un voile

D'or et d'azur,

Tes yeux vont se fermer.

 

GNOMES, SYLPHES

De sites ravissants

La campagne se couvre,

Et notre œil y découvre

Des fleurs, des bois, des champs,

Et d'épaisses feuillées,

Où de tendres amants

Promènent leurs pensées.

 

FAUST

Ah! sur mes yeux déjà s'étend un voile.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Au front des cieux va briller ton étoile.

 

GNOMES, SYLPHES

Mais plus loin sont couverts

Les longs rameaux des treilles

De bourgeons, pampres verts,

Et de grappes vermeilles.

Voici ces jeunes amants,

Le long de la vallée,

Voici ces jeunes amants

Oublier les instants

Sous la fraîche feuillée!

Une beauté les suit

Ingénue et pensive;

À sa paupière luit

Une larme furtive.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Une beauté les suit.

Faust, elle t'aimera.

 

FAUST

(endormi)

Marguerite!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS, GNOMES, SYLPHES

Le lac étend ses flots à l'entoure des montagnes;

Dans les vertes campagnes

Il serpente en ruisseaux.

 

GNOMES, SYLPHES

Là, de chants d'allégresse

La rive retentit.

Ha!

D'autres chœurs là sans cesse

La danse nous ravit.

Les uns gaiement s'avancent

Autour des coteaux verts!

Ha!

De plus hardis s'élancent

Au sein des flots amers.

 

FAUST

(rêvant)

Marguerite! ô Marguerite!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS, GNOMES, SYLPHES

Le lac étend ses flots à l'entoure des montagnes;

Dans les vertes campagnes

Il serpente en ruisseaux.

 

GNOMES, SYLPHES

Partout l'oiseau timide,

Cherchant l'ombre et le frais,

S'enfuit d'un vol rapide

Au milieu des marais.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Le charme opère; il est à nous!

 

FAUST

Marguerite!

 

GNOMES, SYLPHES

Tous, pour goûter la vie,

Cherchant dans les cieux

Une étoile chérie

Qui s'alluma pour eux.

Dors, dors, heureux Faust, dors, dors!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

C'est bien, c'est bien, jeunes Esprits,

Je suis content de vous.

Bercez, bercez son sommeil enchanté.

 

Ballet des Sylphes

 

(Les esprits de l'air se balancent quelque temps en

silence autour de Faust endormi et disparaissent

peu à peu.)

 

FAUST

(s'éveillant en sursaut)

Marguerite!

Qu'ai-je vu! qu'ai-je vu!

Quelle céleste image! quel ange

Au front mortel!

Où le trouver? Vers quel autel

Traîner à ses pieds ma louange!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Eh bien! il faut me suivre encore

Jusqu'à cette alcôve embaumée

Où repose ta bien-aimée.

À toi seul ce divin trésor!

Des étudiants voici la joyeuse cohorte

Qui va passer devant sa porte;

Parmi ces jeunes fous, au bruit de leurs chansons,

Vers ta beauté nous parviendrons.

Mais contiens les transports et suis bien mes leçons.

 

Scène Huitième

 

Final: Chœur d'étudiants et de soldats

 

ÉTUDIANTS, SOLDATS

Villes entourées

De murs et remparts,

Fillettes sucrées,

Aux malins regards,

Victoire certaine

Près de vous m'attend;

Si grande est la peine,

Le prix est plus grand.

Au son des trompettes,

Les braves soldats

S'élancent aux fêtes

Ou bien aux combats;

Fillettes et villes

Font les difficiles;

Bientôt tout se rend.

 

Chanson d'étudiants

 

ÉTUDIANTS

Jam nox stella velamina

pandit;

Nunc, nunc bibendum et

amandum est!

Vita brevis fugaxque voluptas.

Gaudeamus igitur, gaudeamus!

Nobis subridente lunâ, per urbem

quærentes puellas eamus!

Ut cras, fortunati Cæsares,

dicamus:

Veni, vidi, vici!

Gaudeamus igitur!

 

Chœur de soldats et Chanson des étudiants

 

ÉTUDIANTS, SOLDATS

Villes entourées...

 

FAUST, MÉPHISTOPHÉLÈS

Jam nox stella...

 

TROISIEME PARTIE

 

Scène Neuvième

 

(Tambours et trompettes sonnant la retraite)

 

Air de Faust

 

FAUST

(le soir dans la chambre de Marguerite)

Merci, doux crépuscule!

Oh! sois le bienvenu!

Éclaire enfin ces lieux, sanctuaire inconnu,

Où je sens à mon front glisser comme un beau rêve,

Comme le frais baiser d'un matin qui se lève.

C'est de l'amour, j'espère.

Oh! comme on sent ici

S'envoler le souci!

Que j'aime ce silence, et comme je respire

Un air pur!...

Ô jeune fille!

Ô ma charmante!

Ô ma trop idéale amante!

Quel sentiment j'éprouve en ce moment fatal!

Que j'aime à contempler ton chevet virginal!

Quel air pur je respire!

Seigneur! Seigneur!

Après ce long martyre,

Que de bonheur!

 

(Faust, marchant lentement, examine avec une curiosité

passionnée l'intérieur de la chambre de Marguerite.)

 

Scène Dixième

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

(accourant)

Je l'entends!

Sous ces rideaux de soie

Cache-toi.

 

FAUST

Dieu! mon cœur se brise dans la joie!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Profite des instants.

Adieu, modère-toi,

Ou tu la perds.

 

(Il cache Faust sous les rideaux.)

 

Bien. Mes follets et moi

Nous allons vous chanter un bel épithalame.

 

(Il sort.)

 

FAUST

Oh! calme-toi, mon âme.

 

Scène Onzième

 

(Entre Marguerite une lampe à la main. Faust caché.)

 

MARGUERITE

Que l'air est étouffant!

J'ai peur comme une enfant.

C'est mon rêve d'hier qui m'a toute troublée...

En songe je l'ai vu... lui... mon futur amant.

Qu'il était beau!

Dieu! j'étais tant aimée!

Et combien je l'aimais!

Nous verrons-nous jamais

Dans cette vie?...

Folie!

 

Le roi de Thulé - Chanson gothique

 

MARGUERITE

(elle chante en tressant ses cheveux)

Autrefois un roi de Thulé,

Qui jusqu'au tombeau fut fidèle,

Reçut, à la mort de sa belle,

Une coupe d'or ciselé.

Comme elle ne la quittant guère,

Dans les festins les plus joyeux,

Toujours une larme légère

À sa vue humectait ses yeux.

Ce prince, à la fin de sa vie,

Lège ses villes et son or.

Excepté la coupe chérie

Qu'à la main il conserve encore.

Il fait, à sa table royale,

Asseoir ses barons et ses pairs,

Au milieu de l'antique salle

D'un château que baignaient les mers.

Le buveur se lève et s'avance

Auprès d'un vieux balcon doré;

Il boit, et soudain sa main lance

Dans le flots le vase sacré.

Le vase tombe: l'eau bouillonne,

Puis se calme aussitôt après.

Le vieillard pâlit et frissonne:

Il ne boira plus désormais.

 

Scène Douzième

 

Évocation

 

(Une rue devant la maison de Marguerite)

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Esprits des flammes inconstantes,

Accourez! j'ai besoin de vous.

Accourez! accourez!

Follets capricieux, vos lueurs malfaisantes

Vont charmer une enfant et l'amener à nous.

Au nom du Diable, en danse!

Et vous, marquez bien la cadence,

Ménétriers d'enfer, ou je vous éteins tous.

 

Menuet des Follets

 

(Les follets exécutent des évolutions et des danses

bizarres autour de la maison de Marguerite.)

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

(il fait les mouvements d'un homme

qui joue de la vielle)

Maintenant,

Chantons à cette belle une chanson morale,

Pour la perdre plus sûrement.

 

Sérénade de Méphistophélès

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Devant la maison

De celui qui t'adore,

Petite Louison,

Que fais-tu dès l'aurore?

Au signal du plaisir,

Dans la chambre du drille,

Tu peux bien entrer fille,

Mais non fille en sortir.

Devant la maison...

 

MÉPHISTOPHÉLÈS, FOLLETS

Que fais-tu? Ha!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Il te tend les bras:

Près de lui

Tu cours vite.

Bonne nuit, hélas!

Ma petite, bonne nuit.

Près du moment fatal

Fais grande résistance,

S'il ne t'offre d'avance

Un anneau conjugale.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS, FOLLETS

Il te tend les bras...

Ha!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Chut! disparaissez!

 

(Les follets s'abîment.)

 

Silence!

Allons voir roucouler nos tourtereaux.

 

Scène Treizième

 

(Chambre de Marguerite)

 

MARGUERITE

(apercevant Faust)

Grand Dieu!

Que vois-je!... est-ce bien lui?

Dois-je croire mes yeux?...

 

FAUST

Ange adoré dont la céleste image

Avant de te connaître illuminait mon cœur,

Enfin je t'aperçois, et du jaloux nuage

Qui te cachait encore mon amour est vainqueur.

Marguerite, je t'aime!

 

MARGUERITE

Tu sais mon nom?

Moi-même

J'ai souvent dit le tien:

 

(timidement)

 

Faust!...

 

FAUST

Ce nom est le mien;

Un autre le sera, s'il te plaît davantage.

 

MARGUERITE

En songe, je t'ai vu tel que je revois.

 

FAUST

En songe!... tu m'as vu?

 

MARGUERITE

Je reconnais ta voix

Tes traits, ton doux langage...

 

FAUST

Et tu m'aimais?

 

MARGUERITE

Je t'attendais.

 

FAUST

Marguerite adorée!

 

MARGUERITE

Ma tendresse inspirée

Était d'avance à toi.

 

FAUST

Marguerite est à moi.

 

MARGUERITE

Mon bien-aimé, ta noble et douce image,

Avant de te connaître, illuminait mon cœur!

 

FAUST

Ah! Ange adoré, dont la céleste image,

Avant de te connaître, illuminait mon cœur!

 

LES DEUX

Enfin je t'aperçois, et du jaloux nuage…

 

FAUST

Marguerite, ô tendresse!

 

MARGUERITE

Je ne sais quelle ivresse

Dans ses bras me conduit.

 

FAUST

Cède à l'ardente ivresse

Qui vers toi m'a conduit.

 

MARGUERITE

Brûlante enchanteresse

Dans tes bras me conduit.

Quelle langueur s'empare de mon être!

 

FAUST

Au vrai bonheur dans mes bras tu vas naître,

Viens, viens, viens, viens...

 

MARGUERITE

Dans mes yeux des pleurs...

Tout s'efface...

Je meurs...

Tout s'efface... ah!

Je meurs...

 

Scène Quatorzième

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

(entrant brusquement)

Allons, il est trop tard!

 

MARGUERITE

Quel est cet homme?

 

FAUST

Un sot.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Un ami.

 

MARGUERITE

Son regard me déchire le cœur.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Sans doute je dérange...

 

FAUST

Qui t'a permis d'entrer?

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Il faut sauver cet ange!

Déjà tous les voisins, éveillés par nos chants,

Accourent, désignant la maison aux passants;

En raillant Marguerite, ils appellent sa mère.

La vieille va venir...

 

FAUST

Que faire?

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Il faut partir!

 

FAUST

Damnation!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Vous vous verrez demain; la consolation

Est bien près de la peine.

 

MARGUERITE

Oui, demain, bien-aimé.

Dans le chambre prochaine déjà j'entends du bruit.

 

FAUST

Adieu donc, belle nuit

À peine commencée!

Adieu, festin d'amour

Que j'étais promis!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Partons, voilà le jour!

 

FAUST

Te reverrai-je encore,

Heure trop fugitive,

Où mon âme au bonheur allait enfin s'ouvrir!

 

VOISINS

Holà! mère Oppenheim, vois ce que fait ta fille!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

La foule arrive,

Hâtons nous de partir!

 

VOISINS

L'avis n'est pas hors de saison;

Un galant est dans ta maison,

Et tu verras dans peu s'accroître ta famille.

Holà! holà!

 

MARGUERITE

Ciel! Ciel! entends-tu ces cris?

Devant Dieu, je suis morte

Si l'on te trouve ici!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Viens, on frappe à la porte!

 

FAUST

O fureur!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

O sottise!

 

MARGUERITE

Adieu, adieu, par le jardin

Vous pouvez échapper.

 

FAUST

O mon ange! à demain!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

À demain! à demain!

 

MARGUERITE

Ô mon Faust!

Je te donne me vie.

L'amour s'est emparé de mon âme ravie,

Il m'entraîne, te perdre, c'est mourir.

Ô mon Faust bien aimé, je te donne ma vie,

Ô mon Faust!

 

FAUST

Je connais donc enfin le prix de la vie,

Le bonheur m'apparaît, il m'appelle et je vais le saisir.

L'amour s'est emparé de mon âme ravie,

Il comblera bientôt mon dévorant désir.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

(à part)

Je puis donc te traîner dans la vie,

Fier esprit!

Le moment approche où je vais te saisir.

Sans comble ton dévorant désir,

L'amour en t'enivrant doublera ta folie.

Je puis donc à mon gré te traîner dans la vie,

Fier esprit!

Le moment approche où je vais te saisir.

 

VOISINS

Un galant est dans ta maison...

 

QUATRIEME PARTIE

 

Scène Quinzième

 

(Chambre de Marguerite)

 

Romance

 

MARGUERITE

D'amour l'ardente flamme,

Consume mes beaux jours.

Ah! la paix de mon âme

A donc fui pour toujours!

Son départ, son absence

Sont pour moi le cercueil,

Et loin de sa présence,

Tout me paraît en deuil.

Alors ma pauvre tête

Se dérange bientôt,

Mon faible cœur s'arrête,

Puis se glace aussitôt.

Sa marche que j'admire,

Son port si gracieux,

Sa bouche au doux sourire,

Le charme de ses yeux,

Sa voix enchanteresse,

Dont il sait m'embraser,

De sa main, la caresse,

Hélas! et son baiser,

D'une amoureuse flamme,

Consument mes beaux jours!

Ah! le paix de mon âme

A donc fui pour toujours!

Je suis à ma fenêtre,

Ou dehors, tout le jour -

C'est pour le voir paraître,

Ou hâter son retour.

Mon cœur bat et se presse

Dès qu'il le sent venir,

Au gré de ma tendresse,

Puis-je le retenir!

O caresses de flamme!

Que je voudrais un jour

Voir s'exhaler mon âme

Dans ses baisers d'amour!

 

SOLDATS

Au son des trompettes,

Les braves soldats,

S'élancent aux fêtes

Ou bien aux combats.

 

MARGUERITE

Bientôt la ville entière au repos va se rendre.

Si grande est la peine,

Le prix est plus grand.

Clairons, tambours du soir déjà se font entendre

Avec des chants joyeux,

Comme au soir où l'amour offrit Faust à mes yeux.

 

ÉTUDIANTS

Jam nox stellata velancina pandit;

Per urbem quærentes puellas eamus!

 

MARGUERITE

Il ne vient pas,

Hélas!

 

Scène Seizième

 

(Forêts et cavernes)

 

Invocation à la nature

 

FAUST

Nature immense, impénétrable et fière,

Toi seule donne trêve à mon ennui sans fin.

Sur ton sein tout puissant je sens moins ma misère,

Je retrouve ma force, et crois vivre enfin.

Oui, soufflez, ouragans! Criez, forêts profondes!

Croulez, rochers! Torrents, précipitez vos ondes!

À vos bruits souverains ma voix aime à s'unir.

Forêts, rochers, torrents, je vous adore!

Mondes, qui scintillez,

Vers vous s'élance le désir

D'un cœur trop vaste et d'une âme altérée

D'un bonheur qui la fuit.

 

Scène Dix-septième

 

Récitatif et Chasse

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

(gravissant les rochers)

À la voûter azurée

Aperçois-tu, dis-moi, l'astre de l'amour constant?

Son influence, ami, serait fort nécessaire,

Car tu rêves ici, quand cette pauvre enfant,

Marguerite...

 

FAUST

Tais-toi!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Sans doute il faut me taire,

Tu n'aimes plus!

Pourtant en un cachot traînée,

Et pour un parricide à la mort condamnée...

 

FAUST

Quoi!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

J'entends des chasseurs qui parcourent les bois.

 

FAUST

Achève, qu'as-tu dit?

Marguerite en prison?

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Certaine liqueur brune, un innocent poison,

Qu'elle tenait de toi, pour endormir sa mère

Pendants vos nocturnes amours,

A causé tout le mal.

Caressant sa chimère,

T'attendant chaque soir, elle en usait toujours.

Elle en a tant usé que la vieille en est morte.

Tu comprends maintenant.

 

FAUST

Feux et tonnerre!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

En sorte que son amour pour toi la conduit...

 

FAUST

(avec fureur)

Sauve-la.

Sauve-la, misérable!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Ah! je suis le coupable!

On vous reconnaît là,

Ridicules humains!

N'importe!

Je suis le maître encore de t'ouvrir cette porte;

Mais qu'as-tu fais pour moi

Depuis que je te sers?

 

FAUST

Qu'exiges-tu?

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

De toi?

Rien qu'un signature

Sur ce vieux parchemin.

Je sauve Marguerite à l'instant, si tu jures

Et signes ton serment de me servir demain.

 

FAUST

Eh! que me fait

Demain, quand je souffre à cette heure?

Donne.

 

(Il signe.)

Voilà mon nom.

 

Vers sa sombre demeure

Volons donc maintenant.

Ô douleur insensée!

Marguerite, j'accours!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

À moi, Vortex! Giaour!

Sur ces deux noirs chevaux,

prompts comme la pensée,

La justice est pressée.

 

(Ils partent.)

 

Scène Dix-huitième

 

La course à l'abîme

 

(Plaines, montagnes et vallées. Faust et

Méphistophélès galopant sur deux chevaux noirs)

 

FAUST

Dans mon cœur retentit sa voix désespérée...

Ô pauvre abandonnée!

 

PAYSANS

(agenouillés devant une croix champêtre)

Sancta Maria, ora pro nobis.

Sancta Magdalena, ora pro nobis.

 

FAUST

Prends garde à ces enfants, à ces femmes priant

Au pied de cette croix.

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Eh! qu'importe! en avant!

 

PAYSANS

Sancta Marguerite...

 

(cri d'effroi)

 

Ah!!!

 

(Les femmes et les enfants se dispersent épouvantés.)

 

FAUST

Dieux! un monstre hideux en hurlant nous poursuit!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Tu rêves!

 

FAUST

Quel essaim de grands oiseaux de nuit!

Quels cris affreux!... il me frappent de l'aile!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

(retenant son cheval)

Le glas des trépassés sonne déjà pour elle.

As-tu peur? retournons!

 

(Ils s'arrêtent.)

 

FAUST

Non, je l'entends, courons!

 

(Les chevaux redoublent de vitesse.)

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

(excitant son cheval)

Hop! hop! hop!

 

FAUST

Regarde, autour de nous, cette ligne infinie

De squelettes dansant!

Avec quel rire horrible ils saluent en passant!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Hop! pense à sauver sa vie,

Et ris-toi des morts!

Hop! hop!

 

FAUST

(de plus en plus épouvanté et haletant)

Nos chevaux frémissent,

Leurs crins se hérissent,

Ils brisent leurs mors!

Je vois onduler

Devant nous la terre;

J'entends le tonnerre

Sous nos pieds rouler!

Il pleut du sang!!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

(d'une voix tonnante)

Cohortes infernales!

Sonnez, sonnez vos trompettes triomphales,

Il est à nous!

 

(Ils tombent dans un gouffre.)

 

FAUST

Horreur! Ah!

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Je suis vainqueur!

 

Scène Dix-neuvième

 

Pandæmonium

 

DAMNÉS, DÉMONS

Ha! Irimiru Karabrao!

Has! Has! Has!

 

LES PRINCES DES TÉNÈBRES

De cette âme si fière

À jamais es-tu maître et vainqueur, Méphisto?

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

J'en suis maître à jamais.

 

LES PRINCES DES TÉNÈBRES

Faust a donc librement

Signé l'acte fatale qui le livre à nos flammes?

 

MÉPHISTOPHÉLÈS

Il signa librement.

 

DAMNÉS, DÉMONS

Has! Has!

 

(Les démons portent Méphistophélès en triomphe.)

 

Tradioun Marexil fir Trudinxé burudixé!

Fory my Dinkorlitz.

O merikariu Omévixé merikariba.

O merikariu O midara

Caraibo lakinda, merondor Dinkorlitz,

merondor Dinkorlitz merondor.

Tradioun marexil,

Tradioun burudixé

Trudinxé Caraibo.

Fir omévixé merondor.

Mit aysko, merondor, mit aysko! Oh!

 

(Les démons dansent autour de Méphistophélès.)

 

Diff! Diff! me rondor, me rondor aysko!

Has! Has! Satan.

Has! Has! Belphégor,

Has! Has! Méphisto,

Has! Has! Kroïx

Diff! Diff! Astaroth,

Diff! Diff! Belzébuth, Belphéger, Astaroth, Méphisto!

Sat, sat ra yk Irkimour.

Has! Has! Méphisto!

Has! Has! Irimiru Karabrao!

 

Epilogue

 

(Sur la terre)

 

DAMNÉS, DÉMONS

Alors l'enfer se tut.

L'affreux bouillonnement de ces grands lacs de flammes,

Les grincements de dents et ses tourmentées d'âmes,

Se firent seuls entendre; et, dans ses profondeurs,

Un mystère d'horreur s'accomplit.

Ô terreurs!

 

(Dans le ciel)

 

ESPRITS CÉLESTES

Laus! Laus! Laus! Hosanna! Hosanna!

Elle a beaucoup aimé, Seigneur!

Marguerite!!

 

Apothéose de Marguerite

 

ESPRITS CÉLESTES

Remonte au ciel, âme naïve

Que l'amour égara;

Viens revêtir ta beauté primitive

Qu'une erreur altéra.

Viens, les vierges divines,

Tes sœurs les Séraphins,

Sauront tarir les pleurs

Que t'arrachent encore les terrestres douleurs

Conservent l'espérance

Et souris au bonheur.

Viens, Marguerite, viens!

 

PRIMERA PARTE

 

Escena Primera

 

FAUSTO

El viejo invierno ha dejado lugar a la primavera.

La naturaleza ha rejuvenecido.

De la infinita cúpula del cielo

llueven mil fuegos resplandecientes.

Siento la brisa matinal deslizándose en el aire.

De mi pecho ardiente brota una pura exhalación.

Oigo a mi alrededor el despertar de los pájaros.

El firme rumor de las plantas y las aguas...

¡Oh, qué dulce es vivir en absoluta soledad,

lejos de la lucha humana y de las multitudes!

 

Escena Segunda

 

Ronda de Campesinos

 

CORO

Los pastores dejan sus rebaños

y se engalanan para la fiesta.

Flores campestres y cintas son sus adornos.

Están todos bajo los tilos,

bailando y saltando como locos.

¡Ja, ja, ja, Landerida!

¡Sigan el compás!

¡Ja, ja, ja, Landerida!

 

FAUSTO

¿Qué son esos gritos?

¿Qué es ese sonido lejano?

 

CORO

Tra, la, la, ha ha!

 

FAUSTO

Son los aldeanos, en el despuntar del día,

que bailan y cantan sobre el verde césped.

Mi mezquindad me hace sentir celos...

 

CORO

Saltan como rayos

y los trajes vuelan al aire.

Pronto el cansancio los invade

y los rostros se van tiñendo de rojo,

uno tras de otro...

¡Ha, ha, ha, ha, ha, ha! ¡Landerida!

Toda la fila se viene abajo.

¡Ha, ha, ha, ha, ha, ha! ¡Landerida!

"¡No me toques!"

"¡Tranquila!... ¡Mi mujer no está aquí!

¡Aprovechemos la oportunidad!"

Rápidamente se la lleva fuera.

Y todo sigue su curso.

¡Ha, ha, ha, ha, ha, ha! ¡Landerida!

¡Tra la, la, la, la! ¡Ha, ha!

 

Escena Tercera

 

(Por la plaza, un ejército avanza)

 

FAUSTO

Pero un estallido guerrero invade la tierra.

¡Los hijos del Danubio se aprestan al combate!

¡Qué orgullosos y alegres llevan su armadura!

¡Y qué fuego hay en sus ojos!

Los corazones tiemblan ante el canto victorioso.

Sólo el mío permanece insensible a la gloria.

 

Marcha Húngara.

 

(Pasan las tropas. Fausto se aleja)

 

SEGUNDA PARTE

 

Escena Cuarta

 

(Norte de Alemania. Fausto solo en su

gabinete de trabajo)

 

FAUSTO

Sin pesar he abandonado las risueñas comarcas

donde el aburrimiento me perseguía.

Sin placer vuelvo a ver las altivas montañas.

Vuelvo a mi antigua ciudad.

¡Oh, cuánto sufro! La noche sin estrellas,

que extiende a lo lejos su silencio y su velo,

añade más oscuridad a mi dolor.

¡Oh, tierra! Sólo para mí no tienes flores!

¿Dónde encontrar aquello que falta a mi vida?

¡Busqué en vano, pues todo huyó de mi vida!

¡Vamos, hay que de terminar!...

¡Mas tiemblo!...

¿Por qué estremecerse

ante el abismo que se abre ante a mí?

¡Oh, copa demasiado tiempo deseada,

ven, ven, noble cristal, viérteme el veneno

que debe iluminar o aniquilar mi razón!

 

(Se lleva la copa a los labios. Suenan las

campanas. Cantos religiosos en la iglesia

vecina. Cantos de Pascua.)

 

CORO

¡Cristo ha resucitado!

 

FAUSTO

¿Qué oigo?

 

CORO

Dejando la tumba,

fatal morada,

sube aún más hermoso

a las puertas celestiales.

Mientras velozmente se desplaza

hacia la gloria inmortal,

sus fieles discípulos

languidecen aquí abajo.

¡Ay! ¿Acaso Él nos abandona

a las garras ardientes de la desdicha?

¡Oh, Divino Maestro!

Tu alegría es causa de nuestra tristeza.

¡Oh, Divino Maestro! Nos abandonas

a las garras ardientes de la desdicha.

 

FAUSTO

¡Oh recuerdos!

¡Oh, alma temblorosa!

¿Volarás a los cielos

sobre las alas de esos cantos?

¡Mi fe titubeante regresa,

trayendo consigo la paz de los días piadosos,

mi infancia feliz,

la dulzura de la oración,

el gozo puro de errar y soñar

por las verdes praderas

hacia la claridad infinita

de un sol primaveral!

¡Oh, beso de amor celestial

que colmas mi corazón de dulces esperanzas

y destierras todo deseo funesto!

 

CORO

¡Cristo ha resucitado!

¡Nosotros creemos en su palabra eterna!

Un día lo seguiremos

hasta la celestial morada

desde donde su voz nos llama.

¡Hosanna¡ ¡Hosanna!

 

FAUSTO

¡Ay, dulce cántico celestial!,

¿por qué levantar al miserable del polvo?.

Himnos de plegaria,

¿por qué me hacéis dudar de mis propósitos?

Los suaves acordes refrescan mi pecho,

suenan cantos

más dulces que la aurora,

mis lágrimas se vierten,

el cielo me ha reconquistado.

 

Escena Quinta

 

MEFISTÓFELES

(apareciendo bruscamente)

¡Oh pura emoción!

¡Inocente niño de parvulario!

¡Te admiro, doctor!

¡Los sonidos piadosos

de esas campanas de plata

han hechizado

tus castos oídos!

 

FAUSTO

¿Quién eres tú cuya ardiente mirada

penetra como el filo de un puñal,

y que, como la llama

quema y devora el alma?

 

MEFISTÓFELES

¡Esa es una pregunta frívola para un erudito!

Soy el espíritu de la vida y soy quien consuela.

Te daré todo: felicidad, placer...

¡El deseo más ardiente que puedas imaginar!

 

FAUSTO

¡Pobre demonio, muéstrame tus maravillas!

 

MEFISTÓFELES

¡Desde luego! Deleitaré tus ojos y tus oídos.

Pero en lugar de permanecer aquí encerrado,

tan triste como los gusanos que roen tus libros...

¡Ven, sígueme, cambiemos de aire!

 

FAUSTO

¡Vamos!

 

MEFISTÓFELES

¡Salgamos a conocer la vida!

¡Abandona la farragosa filosofía!

 

(Salen)

 

Escena Sexta

 

(La taberna de Auerbach en Leipzig)

 

BEBEDORES

¡Bebamos!

¡Vino!

¡Vino del Rin!

 

MEFISTÓFELES

Aquí puedes ver, Fausto,

un tugurio de gente despreocupada.

¡Aquí el vino y las canciones alegran la vida!

 

BEBEDORES

¡Oh, qué bien se está cuando el cielo retumba

y nosotros, en una taberna llena de humo,

bebemos de una botella ardiente

hasta quedar llenos como cubas!

Me gusta el vino y esta agua rubia

que hace olvidar las penas.

Cuando mi madre me trajo al mundo

tuve por padrino a un borracho.

¡Oh, qué bien se está cuando el cielo retumba!...

¿Quién sabe una historia alegre?

El vino sabe mejor cuando se ríe.

¡Te toca a ti, Brander!

¿O ya no tienes memoria?

 

BRANDER

(borracho)

Yo sé una... ¡y soy el autor!

 

BEBEDORES

¡Vamos, adelante!

 

BRANDER

Ya que insistís...

¡Os cantaré una nueva!...

 

BEBEDORES

¡Bravo! ¡Bravo!

 

Canción de Brander

 

BRANDER

Había una rata que vivía una cocina

como un verdadero monje.

Tanto comía,

que su aspecto le hubiera dado envidia

hasta al mismísimo gordinflón de Luther.

Pero un buen día, el pobre diablo se envenenó

y pegó un salto tan desesperado, tan miserable,

como si en su cuerpo hubiera anidado el amor.

 

BEBEDORES

¡Como si en su cuerpo hubiera anidado el amor!

 

BRANDER

Corría hacia adelante y hacia atrás,

arañaba, olfateaba, mordía,

recorría la casa entera...

A sus dolores, añadió la ira,

y hasta tal punto llegó su delirio

que consumió todas sus energías...

Seguro que los pícaros podrían pensar que

"Esa rata tiene el amor en su cuerpo"

 

BEBEDORES

¡Esa rata tiene el amor en su cuerpo!

 

BRANDER

El pobre diablo, creyendo encontrar

un refugio seguro, se metió en el horno.

Pero se equivocó y lo peor fue

que al final terminó asado.

¡La sirvienta, muchacha malvada,

se reía de su desgracia!

¡Ah, decía, cómo se chamusca!

Verdaderamente tiene el amor en su cuerpo.

 

BEBEDORES

¡Verdaderamente tiene el amor en su cuerpo!

¡Requiescat in pace! ¡Amén!

 

BRANDER

¡Para el "Amén" hagamos una fuga, un coro!

¡Improvisemos una obra maestra!

 

MEFISTÓFELES

(En voz baja a Fausto)

¡Escucha bien esto! Vamos a ver, doctor,

la bestialidad en todo su candor.

 

Fuga sobre el tema de la Canción de Brander

 

BRANDER, BEBEDORES

¡Amén!

 

MEFISTÓFELES

¡En verdad, señores, la fuga ha sido muy bella!

Al oírla uno se siente como transportado

a un lugar sagrado.

Permítanme que les diga

que su estilo es profundo,

verdaderamente religioso.

Mejor no se podrían explicar los sentimientos

devotos que embargan a los padres de la iglesia

cuando finalizan su oración con esa palabra.

Y ahora...

¿Podría responderles con una canción

sobre un tema no menos conmovedor

que el de ustedes?

 

BEBEDORES

¡Ah! ¿Pero se burla de nosotros?

¿Quién es este hombre?

¡Oh, es tan pálido como rojo es su cabello!

¡No importa! ¡Adelante!

¡Otra canción! ¡Es su turno!

 

Canción de Mefistófeles

 

MEFISTÓFELES

Una simpática pulga

vivía en casa de un príncipe.

El buen hombre la amaba

como a su propia hija

y la historia asegura

que un día hizo que su sastre

le tomara las medidas

para hacerle un traje de gala.

El insecto, colmado de felicidad,

tan pronto se vio engalanado

de oro, de terciopelo, de seda,

y condecorado con una cruz,

hizo venir de provincias

a sus hermanos y hermanas

quienes, por orden del príncipe,

se convirtieron en grandes señores.

Pero lo peor fue

que la gente de la corte,

sin atreverse a decir nada,

se rascaba todo el día.

¡Cruel política!

¡Ah, compadezcamos su destino

y en cuanto una de ellas nos pique

aplastémosla sin piedad!

 

BEBEDORES

¡Bravo! ¡Bravo! ¡Ja, ja!

¡Sí, aplastémosla sin piedad!

 

FAUSTO

¡Ya basta!

¡Salgamos de este lugar, donde la palabra es vil,

la alegría innoble y el gesto brutal!

¿No tienes otros placeres más sosegados,

guía infernal?

 

MEFISTÓFELES

¡Ah! Si esto te disgusta... ¡Sígueme!

 

(Se van)

 

Escena Séptima

 

(Bosques y praderas en la orilla del Elba)

 

Aria de Mefistófeles

 

MEFISTÓFELES

¡Esas rosas

han nacido esta misma noche!

¡Sobre este lecho perfumado,

mi amado Fausto, descansa!

Tendrás un sueño voluptuoso,

mientras sobre ti resbalarán besos carmesí,

las flores abrirán

sus corolas en tu lecho

y tus oídos oirán palabras divinas.

¡Escucha! ¡Escucha!

Los espíritus de la tierra y el aire

entonan un suave canto sólo para ti.

 

Coro de gnomos y sílfides

 

Sueño de Fausto.

 

GNOMOS, SÍLFIDES

Duerme, duerme, feliz Fausto.

Pronto, sí, pronto, bajo un velo

de oro y azul, feliz Fausto,

tus ojos se cerrarán,

tu estrella brillará en el firmamento

y te hechizarán sueños amorosos.

 

MEFISTÓFELES

Feliz Fausto, pronto,

bajo un velo

de oro y azul,

tus ojos se cerrarán.

 

GNOMOS, SÍLFIDES

La campiña se cubre

de paisajes encantadores

y nuestros ojos descubren

flores, bosques, campos

y un espeso follaje

donde los tiernos amantes

descubren sus pensamientos.

 

FAUSTO

¡Ah, sobre mis ojos ya se extiende un velo!

 

MEFISTÓFELES

Tu estrella brillará en el cielo.

 

GNOMOS, SÍLFIDES

A lo lejos,

las largas ramas de la parra

están cubiertas de brotes,

pámpanos verdes

y racimos bermejos.

Aquí, los jóvenes amantes

a lo largo del valle

se olvidan del tiempo

bajo el frescor del follaje.

Una beldad los sigue,

ingenua y melancólica,

mientras en sus párpados brilla

una lágrima furtiva.

 

MEFISTÓFELES

Una beldad los sigue...

¡Fausto, ella te amará!

 

FAUSTO

(Dormido)

¡Margarita!

 

MEFISTÓFELES, GNOMOS, SÍLFIDES

El lago abraza con sus aguas a las montañas,

mientras que por las verdes campiñas

serpentean los arroyos.

 

GNOMOS, SÍLFIDES

¡Allá, en las orillas resuenan

cantos alegres!

¡Ah!

La danza de otros grupos

nos deleita sin cesar.

¡Otros avanzan alegremente

alrededor de las laderas verdes!

¡Ah!

Los más atrevidos se lanzan

al seno de la corriente helada.

 

FAUSTO

(Soñando)

¡Margarita! ¡Oh, Margarita!

 

MEFISTÓFELES, GNOMOS, SÍLFIDES

El lago abraza con sus aguas a las montañas,

mientras que por las verdes campiñas

serpentean los arroyos.

 

GNOMOS, SÍLFIDES

Los tímidos pájaros buscan por doquier

la sombra y el frescor,

huyendo en un rápido vuelo

hacia los pantanos.

 

MEFISTÓFELES

¡El encanto se realiza, él es nuestro!

 

FAUSTO

¡Margarita!

 

GNOMOS, SILFIDES

Para gozar de la vida,

todos buscan en el cielo

una estrella amada

que se encienda sólo para ellos.

¡Duerme, duerme, duerme feliz Fausto, duerme!

 

MEFISTÓFELES

Bien, muy bien, jóvenes espíritus,

estoy satisfecho de vosotros.

Arrullad su sueño...

 

Ballet de los Silfos

 

(Los espíritus del aire se balancean en

silencio alrededor de Fausto y desaparecen

poco a poco.)

 

FAUSTO

(Se despierta sobresaltado)

¡Margarita!

¿Qué he visto? ¿Qué he visto?...

¿Una imagen celestial?

¿Un ángel de semblante mortal?

¿Dónde encontrarlo?

¿En qué altar ofreceré a sus pies mi alabanza?

 

MEFISTÓFELES

¡Y bien! Aun debes seguirme

hasta la alcoba perfumada

donde descansa tu amada.

¡Será sólo para ti ese divino tesoro!

Por aquí llegan los alegres estudiantes

que pasarán ante su puerta.

Mezclados con estos locos jóvenes,

en medio de sus cantos, llegaremos a tu amada.

Pero contén tus ansias y sigue mis enseñanzas.

 

Escena Octava

 

Final: Coro de estudiantes y soldados

 

ESTUDIANTES, SOLDADOS

Ciudades rodeadas

de fosos y murallas,

muchachas melosas

de miradas maliciosas,

la victoria certera

me espera cerca de ti.

Si grande es el sacrificio

más grande es el premio.

Al son de las trompetas

los bravos soldados

se lanzan a las fiestas

o a los combates.

Muchachas y ciudades

que parecen inexpugnables

pronto se rinden.

 

Canción de los estudiantes

 

ESTUDIANTES

Jam nox stella velamina

pandit;

Nunc, nunc bibendum et

amandum est!

Vita brevis fugaxque voluptas.

Gaudeamus igitur, gaudeamus!

Nobis subridente lunâ, per urbem

quærentes puellas eamus!

Ut cras, fortunati Cæsares,

dicamus:

Veni, vidi, vici!

Gaudeamus igitur!

 

Coro de Soldados y Canción de los Estudiantes

 

ESTUDIANTES, SOLDADOS

Ciudades rodeadas...

 

FAUSTO, MEFISTÓFELES

Jam nox stella...

 

TERCERA PARTE

 

Escena Novena

 

(Tambores y trompetas tocando retreta)

 

Aria de Fausto

 

FAUSTO

(De noche en la alcoba de Margarita)

¡Gracias, dulce crepúsculo!

¡Oh, bienvenido seas!

Ilumina por fin este lugar,

santuario desconocido,

donde siento un bello sueño deslizarse sobre mí

como un fresco beso matinal.

¡Es el amor, espero!

¡Oh, aquí se siente desaparecer la preocupación!

¡Cuánto amo este silencio

y poder respirar el aire puro!...

¡Oh, jovencita!

¡Oh, mi hechicera!

¡Oh, mi amante ideal!

¡Qué profunda sensación me invade

en este decisivo momento!

¡Cuánto me gusta contemplar tu lecho virginal!

¡Qué aire puro respiro!

¡Señor! ¡Señor!

¡Cuánta felicidad después del largo martirio!

 

(Fausto, lentamente, examina el interior de la

alcoba de Margarita con apasionada curiosidad)

 

Escena Décima

 

MEFISTÓFELES

(Acudiendo)

¡La oigo!

¡Ocúltate detrás de estas cortinas de seda!

¡Escóndete!

 

FAUSTO

¡Dios! ¡Mi corazón se quiebra de alegría!

 

MEFISTÓFELES

¡Aprovecha estos instantes!

¡Adiós!

Modérate o la perderás...

 

(Fausto se oculta tras las cortinas)

 

Bien. Mis duendes y yo vamos a cantar

una bella canción nupcial...

 

(Sale)

 

FAUSTO

¡Oh, cálmate, alma mía!

 

Escena Undécima

 

(Entra Margarita con una lámpara en la mano)

 

MARGARITA

¡El aire está sofocante!

Tengo miedo... como si fuera una chiquilla...

Ha sido el sueño que tuve de ayer

el que me ha perturbado así...

En sueños lo vi a él... ¡a él!... mi futuro amor...

¡Qué hermoso era!

¡Dios! ¡Cuánto me amaba!

¡Y cuánto lo amaba yo!...

¿Nunca nos veremos en esta vida?...

¡Qué locura!

 

Rey de Thule: Canción gótica.

 

MARGARITA

(Canta mientas se peina)

Hubo una vez un rey de Thule

que fue fiel hasta la tumba

y al morir su amada

recibió una copa de oro cincelada.

Aun en las fiestas más alegres

nunca abandonó la copa

y siempre, ante su vista,

una lágrima humedecía sus ojos.

Este príncipe, al final de su vida,

legó sus villas y su oro,

excepto la querida copa

que todavía conservaba en la mano.

En la mesa real,

en el centro de la antigua sala

de un castillo bañado por el mar,

hizo sentar a los barones y a sus pares.

Un bebedor se levantó y avanzó,

junto a un viejo balcón dorado.

Bebió y, repentinamente,

su mano lanzó al agua el vaso sagrado.

El vaso cayó, el agua burbujeó,

y luego se calmó muy pronto.

El viejo palideció y tembló.

Desde entonces nunca más bebió.

 

Escena Duodécima

 

Evocación

 

(En la calle, frente a la casa de Margarita)

 

MEFISTÓFELES

¡Espíritus flamígeros!...¡Venid, os necesito!

¡Acudid!... ¡Acudid!...

¡Duendes caprichosos, que vuestros falsos brillos

deslumbren a la niña y la atraigan hacia vosotros!

En nombre del Diablo: ¡bailad!

¡Y vosotros, ministros infernales,

marcad bien la cadencia!

¡Yo os conjuro a todos!

 

Minueto de los Duendes

 

(Los duendes ejecutan evoluciones y extrañas

danzas frente a la casa de Margarita)

 

MEFISTÓFELES

(Hace los movimientos de un hombre

que finge ser viejo)

Y ahora

cantemos una linda canción,

para atraerla con mayor seguridad.

 

Serenata de Mefistófeles

 

MEFISTÓFELES

Pequeña Luisa,

¿qué haces desde el amanecer

frente a la casa

de quien te ama?

En la alcoba del muchacho,

ante la perspectiva del placer,

bien puedes entrar,

muchacha,

pero no has de salir...

 

MEFISTÓFELES, DUENDES

¿Qué haces? ¡Ja!

 

MEFISTÓFELES

Él te tiende sus brazos

y tú corres veloz

hacia él.

¡Buenas noches!... ¡Ah!

Cuando se acerca

el momento fatal,

opones resistencia...

siempre que antes

no te ofrezca un anillo de matrimonio.

 

MEFISTÓFELES, DUENDES

Él te tiende sus brazos…

¡Ah!

 

MEFISTÓFELES

¡Rápido! ¡Desapareced!

 

(los duendes desaparecen)

 

¡Silencio!

Vayamos a ver a nuestros tortolitos...

 

Escena Decimotercera

 

(alcoba de Margarita)

 

MARGARITA

(descubriendo a Fausto)

¡Gran Dios!

¿Qué veo?... ¿Es él?...

¿Puedo creer lo que ven mis ojos?...

 

FAUSTO

Angel adorado, cuya imagen celestial

iluminaba mi corazón aún antes de conocerte.

Por fin te veo y mi amor ha de vencer

los recelos que aun te separan de mí.

¡Margarita, te amo!

 

MARGARITA

¿Sabes mi nombre?...

Yo también he pronunciado

muchas veces el tuyo...

 

(con timidez)

 

¡Fausto!...

 

FAUSTO

Ese es mi nombre...

De aquí en adelante será otro, si lo prefieres.

 

MARGARITA

En sueños te vi tal y como te veo ahora.

 

FAUSTO

¡En sueños!...¿Me viste?

 

MARGARITA

Reconocí tu voz,

tus rasgos, tus dulces palabras…

 

FAUSTO

¿Y me amabas?

 

MARGARITA

Te esperaba.

 

FAUSTO

¡Margarita adorada!

 

MARGARITA

Mi amor te presagiaba

y ya era tuyo.

 

FAUSTO

¡Margarita eres mía!

 

MARGARITA

¡Amado, tu imagen, dulce y noble,

iluminaba mi corazón aún antes de conocerte!

 

FAUSTO

¡Ah! ¡Angel adorado, cuya imagen celestial,

iluminó mi corazón aún antes de conocerte!

 

AMBOS

Por fin te veo y mi amor ha de vencer...

 

FAUSTO

¡Margarita, oh, ternura!

 

MARGARITA

No sé qué embriaguez

me lleva hasta tus brazos.

 

FAUSTO

Entrégate a la ardiente embriaguez

que me condujo hasta ti.

 

MARGARITA

Una pasión ardiente

me conduce a tus brazos...

¡El ansia invade todo mi ser!

 

FAUSTO

¡En mis brazos nacerás a la verdadera felicidad!

¡Ven, ven, ven, ven!...

 

MARGARITA

En mis ojos hay lágrimas...

Todo se desvanece...

Muero...

¡Todo se desvanece!...¡ah!

Muero...

 

Escena Decimocuarta

 

MEFISTÓFELES

(entrando bruscamente)

¡Vamos, es demasiado tarde!

 

MARGARITA

¿Quién es ese hombre?

 

FAUSTO

Un tonto.

 

MEFISTÓFELES

Un amigo.

 

MARGARITA

Su mirada destroza mi corazón.

 

MEFISTÓFELES

Seguramente interrumpo...

 

FAUSTO

¿Por qué has venido?

 

MEFISTÓFELES

¡Hay que salvar a este ángel!

Vuestros cantos han despertado a los vecinos

que acuden alborotados hacia esta casa...

Han ido a llamar a la madre de Margarita...

La vieja ya está en camino...

 

FAUSTO

¿Qué podemos hacer?

 

MEFISTÓFELES

¡Tenemos que irnos!

 

FAUSTO

¡Maldición!

 

MEFISTÓFELES

Mañana os volveréis a ver...

La espera bien vale la pena.

 

MARGARITA

Sí, mañana, mi amor...

¡Oigo ruidos en la alcoba vecina!

 

FAUSTO

¡Entonces adiós, bella noche

apenas comenzada!

¡Adiós al festín de amor

que me había prometido!

 

MEFISTÓFELES

¡Vámonos, ya amanece!

 

FAUSTO

¿Te volveré a ver,

hora fugitiva,

en la que mi alma por fin se abría a la felicidad?

 

VECINOS

¡Ey, madre Oppenheim, mira lo que hace tu hija!

 

MEFISTÓFELES

Llega la gente...

¡Démonos prisa en salir!

 

VECINOS

No te engañamos...

¡Hay un galán en tu casa

y pronto verás cómo tu familia se agranda!

¡Ey! ¡Ey!

 

MARGARITA

¡Cielos! ¿Oyes esos gritos?

¡Ay Dios mío!

¿Si te encuentran aquí, estoy perdida!

 

MEFISTÓFELES

¡Vamos! ¡Ya están golpeando la puerta!

 

FAUSTO

¡Oh furor!

 

MEFISTÓFELES

¡Oh, tontería!

 

MARGARITA

¡Adiós, adiós!

¡Escapad por el jardín.

 

FAUSTO

¡Oh, ángel mío! ¡Hasta mañana!

 

MEFISTÓFELES

¡Hasta mañana! ¡Hasta mañana!

 

MARGARITA

¡Oh, mi Fausto! ¡Te doy mi vida!

El amor ha tomado posesión

de mi alma extasiada y me arrastra

¡Perderte sería morir!

¡Oh, mi Fausto! ¡Te doy mi vida!

¡Oh, mi Fausto!

 

FAUSTO

¡Al fin conozco el precio de la vida!

¡La felicidad ha aparecido ante mí y me llama!

El amor tomó posesión de mi alma extasiada

y pronto colmará mi deseo devorador.

 

MEFISTÓFELES

(para sí)

¡Ya puedo arrastrarte

espíritu orgulloso!

¡Se acerca el momento en el que te capturaré!

Sin colmar tu deseo devorador

el amor te embriagará y duplicará tu locura.

¡Entonces podré arrastrarte a mi gusto,

espíritu orgulloso!

¡Se acerca el momento en que te capturaré!

 

VECINOS

¡Un galán en tu casa!...

 

CUARTA PARTE

 

Escena Decimoquinta

 

(Alcoba de Margarita)

 

Romanza

 

MARGARITA

La ardiente llama del amor

consume mis días.

¡Ah! ¡La paz de mi alma

ha huido para siempre!

Su partida, su ausencia,

para mí son como la tumba.

Lejos de su presencia

todo me parece triste.

Mi mente se debilita

y pierdo la razón,

mi frágil corazón de detiene

y me invade un frío glacial.

Su arrogante caminar,

su porte gracioso,

su boca de dulce sonrisa,

el encanto de sus ojos,

su voz hechicera

que me hace arder,

sus manos, sus caricias,

¡ay! y sus besos,

consumen mis días

en una llama de amor.

¡Ah! ¡La paz de mi alma

ha huido para siempre!

Si estoy ante mi ventana,

o afuera, todo el día,

es para verlo aparecer,

o apresurar su regreso.

Mi corazón palpita y se acelera

cuando presiente que él viene.

¡Si pudiera retenerlo

al amparo de mi ternura!

¡Oh caricias de fuego!

¡Cuánto me gustaría un día

darle mi alma

entre besos de amor!

 

SOLDADOS

Al sonido de las trompetas

los valientes soldados

se lanzan a las fiestas

o al combate.

 

MARGARITA

Pronto la aldea se rendirá al reposo.

Si grande es la pena, más grande es el premio.

Clarines, tambores nocturnos ya se dejan oír,

junto a los alegres cantos,

como en la noche en que el amor

ofreció a Fausto ante mis ojos.

 

ESTUDIANTES

Jam nox stellata velancina pandit;

Per urbem quærentes puellas eamus!

 

MARGARITA

No viene...

¡Ay!

 

Escena Decimosexta

 

(Bosques y cavernas)

 

Invocación a la naturaleza

 

FAUSTO

Inmensa naturaleza, impenetrable y orgullosa,

sólo tú le das tregua a mi tedio sin fin.

En tu seno todopoderoso noto menos mi miseria,

recobro mis fuerzas y por fin creo vivir.

¡Sí, rugid huracanes! ¡Gritad, bosques oscuros!

¡Desplomaros rocas! ¡Precipitaros, torrentes!

Mi voz se quiere unir a vuestros sonidos.

¡Bosques, rocas, torrentes... os amo!

Mundos centelleantes

lanzad hacia nosotros el deseo

de un corazón demasiado grande

y de un alma alterada por una felicidad que huyó.

 

Escena Decimoséptima

 

Recitativo y Caza

 

MEFISTÓFELES

(Escalando las rocas)

Dime, ¿puedes ver al astro del amor

en la cúpula azul del cielo?

Su influencia, amigo, será muy necesaria,

pues tu aquí sueñas, mientras esa pobre chiquilla,

Margarita...

 

FAUSTO

¡Cállate!

 

MEFISTÓFELES

Seguro que debo callarme.

¡Tú ya no la amas!

Sin embargo ella ha sido arrastrada a un calabozo

y condenada a muerte por parricida...

 

FAUSTO

¿Cómo?

 

MEFISTÓFELES

Oigo a los cazadores que vienen por el bosque...

 

FAUSTO

¡Continúa! ¿Qué has dicho?

¿Margarita en prisión?...

 

MEFISTÓFELES

Cierto licor oscuro, un inocente veneno,

que obtuvo de ti, para adormecer a su madre

durante las noches de amor, causó todo el mal.

Acariciando su quimera

te esperaba todas las noches

y siempre lo usaba.

Lo usó tanto que la vieja murió.

¿Comprendes?...

 

FAUSTO

¡Rayos y truenos!

 

MEFISTÓFELES

De modo que su amor por ti la condujo...

 

FAUSTO

(Con furor)

¡Sálvala!

¡Sálvala, miserable!

 

MEFISTÓFELES

¡Ah! ¡Ahora yo soy el culpable!

¡Qué ridículos son los humanos!

¡Pero no importa!

Todavía tengo poder para

abrirle la puerta, pero...

¿Qué harás por mí

después que te haya servido?

 

FAUSTO

¿Qué exiges?

 

MEFISTÓFELES

¿De ti?

Nada más que una firma

sobre este viejo pergamino.

Salvaré a Margarita al instante

si firmas tu juramento de servirme mañana.

 

FAUSTO

¡Eh! ¿Y qué me importa el mañana

cuando ahora estoy sufriendo?

¡Dame!

 

(Firma)

 

Aquí está mi nombre...

Volemos hacia

su sombría morada.

¡Oh, dolor insensato!

¡Margarita, voy a ti!

 

MEFISTÓFELES

¡A mí, Vortex, Giaour!

Con estos negros caballos,

rápidos como el pensamiento,

paralizaremos a la justicia.

 

(Salen)

 

Escena Decimoctava

 

Cabalgata al abismo.

 

(Planicies, montañas y valles. Fausto y

Mefistófeles galopan sobre dos caballos negros.)

 

FAUSTO

En mi corazón resuena su voz desesperada...

¡Oh, pobre abandonada!

 

CAMPESINOS

(De rodillas ante una cruz campestre)

Sancta Maria, ora pro nobis.

Sancta Magdalena, ora pro nobis.

 

FAUSTO

Ten cuidado con esos niños,

son de las mujeres que rezan al pie de la cuna.

 

MEFISTÓFELES

¡Y qué me importa! ¡Vamos!

 

CAMPESINOS

Santa Margarita...

 

(Grito de terror)

 

¡Ay!

 

(Las mujeres y los niños se dispersan espantados)

 

FAUSTO

¡Dios! ¡Un monstruo nos persigue aullando!

 

MEFISTÓFELES

¡Estás soñando!

 

FAUSTO

¡Qué enjambre de pájaros nocturnos!...

¡Qué gritos terribles!... Me golpean con sus alas.

 

MEFISTÓFELES

(Reteniendo el caballo)

La campana de difuntos está sonando para ella.

¿Tienes miedo?... ¡Volvamos!

 

(Se detienen)

 

FAUSTO

¡No, corramos!

 

(Los caballos redoblan la velocidad)

 

MEFISTÓFELES

(Incitando al caballo)

¡Hop, hop, hop!

 

FAUSTO

¡Mira a nuestro alrededor esta fila infinita

de esqueletos que bailan!

¡Nos saludan al pasar con risa horrible!

 

MEFISTÓFELES

¡Hop!

¡Piensa en salvar su vida y ríete de los muertos!

¡Hop!

 

FAUSTO

(Cada vez más espantado)

¡Nuestros caballos se estremecen,

sus crines se erizan

y las riendas se rompen!

¡Veo ante nosotros

cómo se abre la tierra!

¡Oigo bajo nuestros pies

rodar los truenos!

¡Llueve sangre!

 

MEFISTÓFELES

(Con voz que retumba)

¡Escuadras infernales!

¡Tocad, tocad las trompetas triunfales!

¡Él ya es nuestro!

 

(Caen por un precipicio)

 

FAUSTO

¡Horror!... ¡Ah!...

 

MEFISTÓFELES

¡He vencido!

 

Escena Decimonovena

 

Pandemonium

 

CONDENADOS, DEMONIOS

Ha! Irimiru Karabrao!

Has! Has! Has!

 

LOS PRINCIPES DE LAS TINIEBLAS

Mefistófeles:

¿eres por siempre el amo de este alma?

 

MEFISTÓFELES

¡Sí, soy su amo para siempre!

 

LOS PRINCIPES DE LAS TINIEBLAS

¿Firmó Fausto libremente el acta fatal

que lo entrega a nuestras llamas?

 

MEFISTÓFELES

¡La firmó libremente!

 

CONDENADOS, DEMONIOS

¡Ja, ja!

 

(Los demonios llevan a Mefistófeles en triunfo)

 

Tradioun Marexil fir Trudinxé burudixé!

Fory my Dinkorlitz.

O merikariu Omévixé merikariba.

O merikariu O midara

Caraibo lakinda, merondor Dinkorlitz,

merondor Dinkorlitz merondor.

Tradioun marexil,

Tradioun burudixé

Trudinxé Caraibo.

Fir omévixé merondor.

Mit aysko, merondor, mit aysko! Oh!

 

(Los demonios bailan alrededor de Mefistófeles)

 

Diff! Diff! me rondor, me rondor aysko!

Has! Has! Satan.

Has! Has! Belphégor,

Has! Has! Méphisto,

Has! Has! Kroïx

Diff! Diff! Astaroth,

Diff! Diff! Belzébuth, Belphéger, Astaroth, Méphisto!

Sat, sat ra yk Irkimour.

Has! Has! Méphisto!

Has! Has! Irimiru Karabrao!

 

Epílogo

 

(En la tierra)

 

CONDENADOS, DEMONIOS

Entonces en el infierno se hizo el silencio.

Sólo se oye el horrible burbujeo

de los enormes lagos de fuego,

el rechinar de dientes de los torturados,

y en lo más profundo se celebra un rito de horror.

¡Oh terror!

 

(en el cielo)

 

ESPÍRITUS CELESTIALES

¡Oremos! ¡Oremos! ¡Hosanna!

¡Ella amó mucho, Señor!

¡Margarita!

 

Apoteosis de Margarita

 

ESPÍRITUS CELESTIALES

¡Sube al cielo,

alma inocente

que el amor extravió!

¡Ven a reverdecer tu infantil belleza

que un error corrompió!

¡Que vengan las vírgenes divinas, tus hermanas!

¡Que los serafines

sequen las lágrimas que los dolores terrestres

aún te arrancan!

Mantén la esperanza y sonríe al dolor.

¡Ven, Margarita, ven!

 

Orquesta sinfónica de radiotelevisión española
Michel Plasson
Concierto completo

“DEJE SU OPINIÓN EN EL LIBRO DE INVITADOS, GRACIAS”

DEJE SU OPINIÓN